
L’église de Vireux-Wallerand, dédiée à saint Georges, le tueur de dragon, présente au regard un aspect sévère mais il faut en faire le tour, vous découvrirez alors un chœur gothique intact depuis l’époque de sa construction en 1552, cette date est sculptée sur les remarquables voûtes gothiques en charpente, quasiment uniques dans les Ardennes. Il faut aussi admirer le clocher daté de 1578 et à l’intérieur une superbe cuve baptismale datée de 1584. Sculptée dans la magnifique pierre bleue de Givet, sa caractéristique très rare pour la région est de présenter sur ses côtés les symboles sculptés des quatre Evangélistes. Dans une région où très peu de bâtiments de la fin de l’époque gothique ont survécu aux guerres, l’église de Vireux-Wallerand, malgré sa nef reconstruite après 1823, se présente comme une remarquable et précieuse exception à faire connaître et à mettre davantage en valeur (Ci-dessus à gauche le chevet de 1552 et ci-dessus à droite le « saint Matthieu » de la cuve baptismale) Toute la région de Givet regorge de merveilles d’architecture encore trop ignorées !
Alain Sartelet

Il y eut à l’époque romaine sur le Mont-Vireux un formidable monument dédié au dieu Jupiter. Aujourd’hui réduit à l’état de fragments, ce monument a été identifié par l’archéologue J.P. Lémant. C’était une très grande colonne en pierre bleue, probablement peinte, supportant une statue de Jupiter à cheval brandissant son foudre sous forme de faisceaux d’éclairs et terrassant un « géant » à queue de serpent, ce groupe sculpté était censé protéger les récoltes. Très répandu dans l’est de la gaule romaine ce type de colonne symbolisait la lutte du bien contre les forces mauvaises et souterraines. Il y eut de nombreuses colonnes de ce modèle dans les Ardennes, plus ou moins grandes, celle de Mouzon, colossale, atteignait 15 mètres de hauteur. La destruction volontaire de la colonne de Vireux fut la marque de l’implantation et du triomphe du christianisme dans la région au 4ème siècle. (Ci-dessus à gauche un Jupiter trouvé en Lorraine et à droite une restitution Allemande montrant les vives couleurs d’origine) Assurément, à l’époque romaine la grande colonne du Mont-Vireux devait se voir de loin !
Alain Sartelet

Imposante construction des années 1780, en brique et pierre bleue, la « Ferme » de Fromelennes est bien mystérieuse car on ignore encore ses liens historiques réels avec la toute proche abbaye de Félix Pré. Ce qui est sûr c’est que ce bâtiment est inhabituel par sa taille et par sa division en logis (partie droite détériorée et abaissée mais avec une très belle porte conservée, ci-dessus à droite) et partie agricole à grand portail (ci-dessus à gauche) Les caves renferment plusieurs fragments de pierres tombales provenant sans doute de l’église abbatiale dont un morceau de tombe d’abbesse ( ?) orné de colonnettes gothiques typiques du 14ème siècle (dessin ci-dessous) la ferme de Fromelennes a aussi conservé, c’est rare, deux de ses épis de faîtage en cuivre verdi par le temps (ci-dessous à droite).
Alain Sartelet


La toute petite église de Rancennes est d’aspect bien modeste mais son intérêt est immense au point de vue de l’histoire puisqu’elle est bâtie sur les restes d’une très grande villa romaine. A l’intérieur une plaque de marbre (17ème siècle ?) a été remployée dans le socle d’un des autels. On y voit une « Vanité » c’est-à-dire une évocation édifiante des symboles de la brièveté des choses terrestres, un sablier ailé, image du temps qui s’enfuit, un ange tenant une faux, appuyé sur un crâne reposant sur une étoffe parsemée de larmes et enfin à gauche une pelle et une pioche, instruments évoquant clairement le creusement de la tombe avec un bassin, une paille et des bulles de savon, image suprême des choses qui ne durent pas. Le thème des bulles de savon (comme celui du verre fragile) eut une vogue extrême autrefois dans l’art des natures mortes comme sur ce détail d’un tableau de 1650.
Alain Sartelet


Saint Maurice, le nom du patron de la paroisse d’Aubrives révèle, comme l’ardoise de Vireux, la présence des premiers chrétiens dans la vallée mosane, son culte a dû se répandre parmi les soldats ou les marchands circulant au long de la voie romaine passant par Givet. Maurice était un soldat égyptien des légions romaines, sa foi chrétienne a entrainé son martyre (à Agaune, Suisse actuelle) avec celui de toute son armée lors du « massacre des légions thébaines» pendant la grande persécution de l’empereur Dioclétien au 3ème siècle. Les noms des saints-patrons des paroisses cachent souvent la fabuleuse histoire des origines du christianisme dans la Gaule romaine. Malheureusement le très beau buste reliquaire de saint Maurice (ci-dessus) datant du 17ème siècle a été volé dans l’église d’Aubrives en 2008. Ce buste qui semble tout droit sorti d’un opéra baroque est à comparer avec la fascinante figure du saint guerrier noir portant cotte de maille (statue du 13ème siècle, abbaye Saint-Maurice d’Agaune, Suisse) qui nous montre un « égyptien » comme on le concevait à l’époque de saint Louis !
Alain Sartelet

Depuis l’époque médiévale le cours de la Houille fut intensément exploité à Givet, moulins, pêcheries et tanneries. Givet se forgea une réputation mondiale par l’excellence de ses cuirs. Les marchands tanneurs de Givet exportaient jusqu’aux Indes, ils devinrent des notables, bourgeois et riches propriétaires terriens à l’exemple de Bertrand de Wespin (1660-1738) qui s’était offert la magnifique ferme de La Haye à Aubrives et dont la pierre tombale est toujours dans l’église Notre-Dame au Petit-Givet. Ses armoiries portent une cuve de tanneur avec deux maillets. Complément indispensable des tanneries, les moulins à écorces étaient nombreux autrefois tout au long de la Meuse, ils permettaient de broyer les écorces de chêne pour obtenir une poudre brune, astringente, le tan, servant à colorer les peaux. La robustesse des cuirs de Givet était due à la merveilleuse qualité des peaux importées de Buenos-Aires et de Monte-Vidéo via le Havre ou Anvers, à la qualité de l’eau de la Houille et à l’excellence des écorces. Il fallait presque un an de travail par peau ! d’où le coût élevé du « cuir de Givet ».
Alain Sartelet


Dans les fouilles menées par l’archéologue Jean-Pierre Lémant dans la petite chapelle qui se tenait autrefois sur les pentes du Mont-Vireux (ci-dessous), fut découverte une ardoise (67cmx25cm, ci-dessus) sur laquelle était gravé le début d’une phrase latine commençant par EXAUDI (écoutes !) adressée à Dieu. Cette découverte est capitale pour l’histoire de la région. Ce début de psaume chrétien selon les spécialistes a été tracé à la fin du 4ème siècle. Nous avons donc sous les yeux une des toutes premières traces de l’implantation du christianisme dans la région, culte « oriental » sans doute arrivé dans les bagages de soldats des légions qui suivaient les voies romaines. C’est un témoignage primordial car il précède de près de deux siècles les prédications de Saint-Walfroy et la destruction de la statue géante de la DEA ARDUINNA. Une ardoise, une simple ardoise mais qui témoigne du bouleversement religieux du monde antique et annonce une ère nouvelle. (Ci-dessous un solidus d’or de l’empereur Théodose contemporain de l’implantation chrétienne dans la région de Givet).
Alain Sartelet


Par une nuit, sans lune, en janvier 1782, plusieurs voleurs escaladèrent le mur d’enceinte de l’abbaye de Félix Pré et pénétrèrent dans le logis abbatial en cassant un carreau. La mère abbesse, Dieudonnée Stassart (armoiries ci-dessus), réveillée par le bruit se mit à hurler « au voleur » par une fenêtre et les malandrins s’enfuirent avec un maigre butin, quelques chandeliers, une douzaine de cuillères à café en argent, un huilier-vinaigrier d’argent (sans doute une belle pièce d’orfèvrerie comme celle-ci-dessous d’époque Louis XVI) et un poids d’horloge en plomb ! Il y eut une enquête de la police locale mais les voleurs courent encore ! Le récit du drame, très détaillé, est paru dans la « gazette des gazettes » le célèbre journal de Bouillon, il montre que les voleurs avaient préparé leur forfait en tuant les trois gros chiens de garde de l’abbaye !
Alain Sartelet


La toute proche abbaye de Waulsort possédait autrefois un véritable trésor unique en son genre, un disque de 10 cm en cristal de roche (un quartz comme l’améthyste mais translucide et incolore) gravé de scènes inspirées de la Bible (histoire de Suzanne, livre de Daniel) et offert par l’empereur Carolingien Lothaire II à l’abbaye Notre-Dame au 9ème siècle. Cette intaille est une des plus précieuses au monde, elle fut sertie dans une monture dorée au 15ème siècle. Elle resta à Waulsort jusqu’en 1795 où elle fut brisée et jetée dans la Meuse par les révolutionnaires venus piller l’abbaye. Retrouvé dans la Meuse, le précieux cristal fut vendu et revendu maintes fois. Pour le voir il faut aujourd’hui se rendre à Londres où il fait la gloire du British Museum. Ce chef d’œuvre expatrié demeure à nos yeux un témoignage éclatant de la richesse des abbayes mosanes au moyen-âge…Ci-dessus à droite une autre intaille Carolingienne montrant la Crucifixion.
Alain Sartelet


Oui vous avez bien lu, d’Artagnan, le célèbre mousquetaire immortalisé par Alexandre Dumas est venu dans nos Ardennes ! Il a participé en avril 1640 au siège de la forteresse espagnole de Charlemont mené par le maréchal de La Mailleraye. Siège d'ailleurs sans succès car les troupes de Louis XIII durent se replier après l’explosion de leur dépôt de poudre logé dans l’église d’Aubrives (l’église actuelle sera reconstruite en 1642). De son véritable nom, Charles de Batz-Castelmore, d’Artagnan eut une brillante carrière militaire, il est aussi connu pour avoir arrêté Nicolas Fouquet le trop sémillant ministre de Louis XIV, il fut tué en 1673 au siège de Maastricht et fut pleuré du roi. Ci-dessus la célèbre croix des mousquetaires et ci-dessous reconstitution de tir au mousquet.
Alain Sartelet
