Le célèbre peintre anglais Turner (1775-1851) bien connu pour ses effets de brume et de lumière parcourut toute l’Europe dans les années qui suivirent l’Empire et la Restauration, ses pas le guidèrent à Givet où il vint plusieurs fois notamment en 1824 et 1839. Il nous a laissé de magnifiques aquarelles dont voici deux exemples datés de 1839. Ce maître de la peinture, précurseur des impressionnistes, nous livre ici deux superbes vues de Givet, prises du nord, dans lesquelles, ciel gris et brumes bleues-rosées surmontent le pont de pierre et Charlemont.
Alain Sartelet

Cette Rarissime et merveilleuse gravure se trouve dans les collections de la bibliothèque Nationale à Paris, elle représente l’actuelle place Carnot de Givet dans son état de 1797. La vue est certes naïve dans ses proportions et perspectives mais on y reconnaît parfaitement l’église Saint-Hilaire avec la vieille halle aux grains en bois qui longe l’édifice depuis le règne de Louis XIV. A droite figure l’ancien hôtel de ville à arcades et au centre…un arbre de la Liberté sagement planté dans sa caisse (la Révolution est toute proche encore ! nous sommes en plein Directoire, le général Bonaparte termine la campagne d’Italie…)
Alain Sartelet

Le magnifique et imposant maître-autel de l'église Saint-Hilaire de Givet présente une singulière image, reflet de la société d'ancien régime extrêmement hiérarchisée, la croix est placée tout en haut et juste au-dessous sont placées les armes de France peintes et dorées (le roi tenait son pouvoir de Dieu dans la mythologie politique du temps !) Si l'on regarde bien, les trois fleurs de lys sont abîmées et grossièrement redessinées à la peinture. Les véritables fleurs de lys du 17ème siècle ont été effacées (à la révolution ?) et jusqu’à une époque récente remplacées par une sculpture que l’on voit sur les cartes postales des années 1900. Cette sculpture représentait un pélican nourrissant ses petits (image du Christ et de l’Église offrant sa chair pour le salut des hommes) elle à été démontée et replacée vers 1980 sur le dessus du tabernacle.
L’église Saint-Hilaire recèle ainsi une foule de détails passionnants et de merveilles à (re)découvrir
Nous y reviendrons…
Alain Sartelet

Cela n’aurait sans doute pas plu à Victor Hugo (voir ci-dessus) mais si l’on en croit le document dessiné en 1643 (ci-dessous) et représentant l’église du Petit Givet et son enclos fortifié entouré d’eau, le clocher de Notre-Dame était moins sobre qu’aujourd’hui. On distingue nettement de petits obélisques aux angles de la corniche et un gros bulbe sur le clocher. Tout cela rappelle furieusement le clocher de la collégiale de Chimay en Belgique, preuve d’une même parenté stylistique, le superbe baroque des Flandres et du Hainaut, à une époque où les frontières n’étaient pas les nôtres !
Alain Sartelet

Voici un détail d’un plan de Givet dessiné vers 1680, l’architecte, pour notre plus grand plaisir, a agrémenté son relevé de détails pitoresques comme cette barque sur la Meuse devant le grand quartier (l’ancienne caserne Rougé, en rose en haut du plan) on voit également deux personnages tirant une nasse hors de l’eau, rappelant que la pêche était autrefois une source importante de richesse tant la meuse était poissonneuse, on y attrapait alors des saumons, des truites, des écrevisses et même de très gros esturgeons et des silures….
Autre activité révélée par ce plan la présence de jardins dans le quartier dénommé « les Grands Jardins » (en bas) , à la fois zone de délassement et de culture potagère pour les givetois.
Alain Sartelet

La Bibliothèque nationale conserve un dessin du 17ème siècle montrant les armoiries anciennes de Charlemont, on y voit (ci-dessous) une croix de Saint-André et un « fusil » c'est-à-dire en vieux français un briquet, une pièce de fer qui, battue contre un silex permettait de créer le feu (photo). Ce briquet ou fusil et la croix de Saint-André étaient les emblèmes personnels des ducs de Bourgogne puis des rois d’Espagne, maîtres de Givet et de Charlemont. Ces armoiries furent sans doute créées peu de temps après la fondation de Charlemont en 1555. Dans les armoiries modernes de Givet-Charlemont le fusil-briquet est devenu un véritable fusil au sens moderne du terme. Au XIXème siècle les armoiries de Charlemont sont jointes à celles de Givet Notre-Dame où figurent les trois tours. Ainsi donc, grâce au fusil et à la croix de Saint-André le passé bourguignon et espagnol de Givet subsiste-t-il toujours dans les armoiries de la ville.
Alain Sartelet

La splendeur exceptionnelle du marbre rouge de Givet en fit une pierre recherchée autrefois pour les commandes princières ou royales ainsi les superbes colonnes utilisées en 1677 par Mansart, architecte de Louis XIV, pour orner les pavillons de marbre et de bronze doré du « Bosquet des Dômes » dans le parc du château de Versailles. Ces quatre merveilles ont été rasées en 1820 et rien n’en subsiste plus aujourd’hui sinon quelques sculptures détachées. Seul le dessin peut restituer ces merveilles oubliées où le marbre de Givet était magnifiquement mis en valeur !
Alain Sartelet

La loi est dure mais c’est la loi, disaient les romains. La pendaison, voilà le sort peu enviable de certains condamnés à mort d’autrefois. Généralement les potences étaient installées dans des endroits isolés, à l’écart des villes, sur des hauteurs d’où l’on pouvait, même de loin, mesurer le poids de la justice seigneuriale ou royale. Il existe peu d’images de ces sinistres édifices de charpente. A Givet la potence royale se trouvait le long de la route de Philippeville à proximité immédiate de la tour Maugis qui deviendra le fort Condé par la suite. Regardez bien ce minuscule détail d’un magnifique plan des années 1680, on y voit la tour, le rond rouge marqué « S » et en haut à droite, la potence de Givet !!
Alain Sartelet


Voici la ville de Givet vers 1598 ! C’est un détail d’une peinture extraite de l’album réalisé par le peintre Adrien de Montigny à la demande du prince Charles de Croÿ. A première vue difficile de s’y retrouver ! Mais regardez mieux, on reconnait à droite l’arrondi d’un des bastions de la pointe est de Charlemont et en bas la silhouette toute rouge de briques de deux des tours du château dans lequel était incluse la tour Victoire, le seul vestige existant aujourd’hui de cette construction médiévale. Au centre on voit distinctement l’ancienne église Saint-Hilaire qui a précédé celle que nous connaissons aujourd’hui. Le clocher était alors dominé par une immense flèche hérissée de lucarnes. A gauche on voit dépasser le toit de tuiles de l’ancienne porte des fortifications médiévales qui se trouvait à la jonction des rue d’Anjou et des Récollets. De l’autre côté de la Meuse, couvertes d’embarcations, on aperçoit l’église Notre-Dame qui se détache sur un horizon de collines bleutées. Cette petite vue, pleine de vie, est une pure merveille !
Alain Sartelet
Le patrimoine ça n’est pas forcément un château ou une cathédrale, cela peut être un objet, même tout petit ou si insignifiant en apparence qu’on ne le remarque même pas. Ainsi cette modeste entrée de serrure du 18ème siècle placée sur la porte principale de l’église Saint-Hilaire. Elle témoigne à sa manière du savoir-faire d’un artisan local qui a mis tout son art dans la découpe du métal en prenant soin d’y faire figurer la croix. Admirez aussi la belle texture du bois et ces robustes clous à tête carrée, un habile forgeron, anonyme, est passé par là !
Alain Sartelet
