Le nom de « Grands-Jardins » s’est transmis jusqu’à nous. A l’époque de Louis XIV ce nom désignait un quartier situé aux pieds du mont d’Haurs le long de la Meuse en face de la grande caserne qui jouxtait la porte de France. D’après les plans qui subsistent il y avait là de petits pavillons et des jardins réservés aux givetois un peu fortunés qui venaient y gouter un air moins confiné que celui de la ville. Si l’on en croit un des plans il y avait là de véritables petits jardins « à la Française » avec parterres et buis taillés, tout un art de vivre…mais il a pu y avoir aussi des vergers et potagers, Givet était au 18ème siècle réputé pour ses fruits et notamment ses melons !
Alain Sartelet

Regardez bien ces deux clichés, l’église de Hierges fondée en 1579 et celle de Charlemont reconstruite en 1588 (le transept ajouté dans le même style date de 1687) il y a comme un air de famille non ? Mêmes silhouettes, mêmes grosses pierres brutes aux angles et aux fenêtres (des « bossages » en terme technique) la ressemblance était encore plus flagrante autrefois car l’église de Charlemont avait un bulbe sur son clocher comme à Hierges. Nous étions alors en terre du royaume d’Espagne, l’église de Charlemont était dédiée à Saint-Charlemagne, le saint patron de la dynastie des Habsbourg (la famille de Charles Quint), l’église de Hierges conserve un vitrail de 1616 orné d’un magnifique Saint-Charlemagne…la raison de ces ressemblances est toute simple, les commanditaires de l’église de Hierges et les gouverneurs de Charlemont sont à cette époque des Berlaymont, une très puissante famille qui a certainement utilisé les services d’un même architecte ! Hélas l’église de Charlemont n’a pas résisté au bombardement de 1914 et seules les bases subsistent.
Alain Sartelet


Jolie, cette carte postale des années 60 avec cette barque citronée fraîchement repeinte de neuf. Un après-midi d’été plein d’insouciance, on flâne les pieds plongés dans l’eau fraîche de la Meuse. Vous sentez ce délicieux parfum de grandes vacances, ce doux souvenir d’enfance aux couleurs de bonbons KREMA ?
Alain Sartelet
Le fort Condé fait depuis un bon moment l’objet de travaux de restauration exemplaires. Nous assistons à une véritable renaissance de cette authentique chef d’œuvre de l’architecture militaire du début du règne de Louis XV. Construit à partir de 1725 à l’emplacement de la vieille tour Maugis (une tour d’artillerie du 15ème siècle due aux La Marck, seigneurs d’Agimont et de Givet) le fort de Condé, peu à peu délaissé était en ruines. Il faut voir ce qu’il est devenu aujourd’hui et admirer le talent des hommes de l’art qui travaillent ici à redonner tout son lustre à cet édifice qui avec son extraordianaire salle centrale circulaire (photo) et ses galeries souterraines constellées de meurtrières constituait un verrou infranchissable, interdisant les abords du fort de Charlemont. Allez voir, il se passe là quelque chose de merveilleux, une renaissance je vous dis…
Alain Sartelet

Une curieuse affaire a défrayé la chronique locale en 1781, Marie-Victoire de Liancourt, une jeune noble, fille majeure du marquis Charles-François-Louis d’Escageul de Liancourt, garde d’artillerie au fort de Charlemont entra en religion au couvent des Récollectines de Givet. Le père s’opposa formellement au choix de sa fille, un procès s’ensuivit devant la prévôté de Givet. Le jugement désigna d’autres couvents dont l’abbaye de Félix Pré avec obligation d’un temps de réflexion de six mois à l’expiration duquel ladite Marie-Victoire pourrait, si elle en était toujours désireuse entrer au couvent des Récollectines. Le jugement stipulait que la mère supérieure des Récollectines pourrait être contrainte de remettre la fille à son père. Marie-Victoire mécontente de la sentence porta l’affaire devant le parlement de Flandres qui cassa le jugement du prévôt de Givet et rendit la liberté de prendre le voile à la jeune fille en condamnant le père à verser 500 livres pour la pension de noviciat plus 150 livres de pension annuelle. Huit années plus tard le couvent était supprimé !
Alain Sartelet

L’histoire commence vers 1630 dans les carrières de Givet, deux grands obélisques de marbre rouge veiné de blanc dont la splendeur était appréciée des princes et des rois, furent sculptés à la demande du Cardinal de Richelieu pour orner le pavillon d’entrée de son splendide château du Poitou (maquette). Après la Révolution le château fut détruit et en 1807 les obélisques furent achetés par Joséphine de Beauharnais et offerts à son époux, Napoléon Bonaparte. Le futur empereur, sensible à l’art égyptien depuis son retour de la campagne d’Egypte (1798-1801) fit placer les obélisques sculptés d’hiéroglyphes dorés pour l’occasion sur la façade de son château de La Malmaison près de Paris. Ils y sont toujours, un bien lointain voyage depuis les carrières ardennaises !
Alain Sartelet

L’arrivée du chemin de fer à Givet sera, sous Napoléon III, couronnée par la création d’un ouvrage d’art, remarquable aux yeux des experts, témoignant du double parrainage de l’architecture civile et de l’architecture militaire. Ce tunnel, long de plus de 500 mètres et creusé en plein roc, coûta plusieurs milliers de franc-or, il fut achevé en 1862. Lorsque vous arrivez à Givet ou lorsque vous en partez par le train, vous remarquez encore nettement, côté gare, les meurtrières qui défendaient l’accès au tunnel, elles sont surmontées d’évents pour évacuer la fumée des tirs. Derrière se trouvent des salles ou casemates elles aussi dotées de meurtrières pour le tir au fusil dans le tunnel. Jusqu’à son déclassement la place forte de Givet bénéficia des dernières avancées technologiques militaires.
Alain Sartelet

Permettez-moi, amis lecteurs, de regretter la disparition de l’ancien hôtel de ville de Givet, rasé en 1903, pour faire place à l’actuel bâtiment plus vaste, plus moderne et jugé lors de son inauguration en 1905 « l’un des plus beaux du département » (ah bon ?) L’ancienne mairie avait été élevée à l’extrême fin du XVIIème siècle et n’étais pas achevée à la mort de Louis XIV en 1715. Elle était construite dans le plus pur style de la « Renaissance mosane » cette merveilleuse rencontre de matériaux faisant jouer avec bonheur les trois couleurs tant aimées de la région, le bleu de la pierre, le rouge des briques et le gris-bleu-violacé des ardoises. Ce petit bijou d’architecture, d’une sobre élégance, n’a pas survécu et c’est bien dommage pour la beauté de place d’Armes !
Alain Sartelet

Regardez cette reconstitution des environs de la tour Victoire au milieu du 18ème siècle, vous devez reconnaître au moins deux choses, la tour Victoire en bord de Meuse, incluse dans les fortifications du quai (elle n’a pratiquement pas changé) et en bas du dessin la grosse maison en brique et pierre où se trouve aujourd’hui le café du Musée rue Saint-Hilaire. Entre les deux s’étendait un jardin à la française clos de murailles. Ce dessin, fait pour nos lecteurs, montre la résidence du lieutenant du roi, en quelque sorte l’hôtel particulier du représentant du roi à Givet. Cet ensemble qui occupait toute la place Victoire actuelle est l’ultime étape de l’évolution de l’ancien château devenu résidence royale sous Charles Quint et ses successeurs espagnols et dont les origines remontent au 10ème siècle. Nous vous conterons par la suite d’autres étapes de l’évolution de ce site exceptionnel et dont l’importance passée (et présente !) est souvent ignorée des Givetois.
Alain Sartelet

Un médecin militaire de Givet , le docteur Michel, signalait dans un rapport de 1787 : «l’habitant, sobre, consomme un peu, très peu, de bœuf, de mouton et de veau, des choux, des carottes, des navets, des salades et surtout des pommes de terre, du beurre, du fromage mou, ou lait caillé et écrémé connu sous le nom de « mettophé »
Ce nom wallon « mettophé » est un mot composé de « mou » et de « tôt-fait » (pour la texture et la rapidité de la fabrication). Le babeurre (ou « petit-lait ») chauffé, caillé et égoutté dans des étamines était ensuite émietté à la fourchette, salé, poivré et agrémenté de piment doux puis pressé dans des linges et entre deux planches alourdies d’une grosse pierre. Après quinze jours de fermentation le fromage était divisé en blocs d’une livre ou d’une demi-livre ou encore en boulettes. Ce fromage se conservait deux à trois mois. A Givet ce fromage a, hélas !, disparu mais chez nos voisins belges on fabrique encore une tarte au « stofé », veinards !!!!
Alain Sartelet
