
C’est au 8ème siècle que le nom de Givet apparaît dans un texte, la vie de Saint-Hubert. Au 10ème siècle les premiers comtes de Givet apparaissent mais sont certainement implantés là depuis le 8ème ou le 9ème siècle. Les premières fortifications de Givet remonteraient au 10ème siècle. Bien que rien n’en ai subsisté, le tracé du « castrum » est encore très nettement reconnaissable par sa forme en demi-lune adossée au fleuve. L’enceinte primitive sans doute en bois, puis en maçonnerie suivait la rue des Trois Pigeons et la rue du Conquérant (Gambetta) la porte d’entrée se trouvait au nord, rue d’Anjou. Le mur d’enceinte ne possédait alors pas de tours (la tour Victoire, en bas et à gauche de la photo, est postérieure) mais possédait un fossé. Les fortifications tombèrent peu à peu en désuétude et dès 1507 on voit se construire des maisons à l’emplacement des anciens fossés. Il faudra attendre 1555 et la domination espagnole pour voir se construire une nouvelle enceinte urbaine mais ceci est une autre histoire…
Alain Sartelet

Oui il s’agit bien de la déesse antique de la chasse. Elle évoque un roulement de tambour qui annonçait le matin dans les forteresses romaines, l’usage s’est conservé dans la France d’ancien régime et à Givet comme sur les remparts de Charlemont. C’est tout un univers sonore qui a disparu, toute la vie militaire était ainsi rythmée de fanfares et de sonneries du « réveil » à « l’extinction des feux ». Imaginez aussi tout un monde de couleurs, celles, chatoyantes, des uniformes et des étendards des régiments en garnison à Givet : Royal-Roussillon, Bourbon, Dauphin-Infanterie, Foix-Alsace, Champagne, Navarre, Languedoc, Montmorency-Dragons… et le Royal-Liégeois portant sur son étendard les armoiries de Liège, le célèbre « perron » accosté d’un L et d’un G, initiales de LIBERTAS GENTIS (la liberté du peuple », belle devise non ?
Alain Sartelet

Ce grand personnage (1702-1761) fut sous Louis XV Lieutenant-Général des armées du Roi puis gouverneur de Givet et de Charlemont, il laissa son nom à la plus grande des casernes de Givet, construite pour 6000 hommes par Vauban, et qui portait autrefois le nom de « Grand-Quartier » C’était, avant sa destruction en 1914, un des édifices les plus étonnant de Givet par sa taille surtout, près de 500 mètres, la plus longue caserne de France, on ne peut plus juger de son impact sur le paysage que grâce aux photographies anciennes. Regardez cette photographie, la caserné Rougé apparaît vers 1900 avec sa gigantesque façade protégée côté Meuse par un rempart ponctué de 5 petits édicules à toiture d’ardoise (les latrines !) du temps de Vauban les toits de la grande caserne étaient ornés d’épis de faîtage en forme de grosses fleurs de lys dorées. Trois pavillons, un au centre et deux aux extrémités, logeaient les officiers ; les deux casernes entre les pavillons abritaient un régiment de cavalerie et un d’infanterie.
Alain Sartelet


Je vous avais promis d’en reparler, il y eut autrefois à Givet un véritable château dont la tour Victoire est le vestige le plus connu. Un plan inédit (ci-dessous) conservé à Brno en Moravie nous montre l’agencement de ce château dans son état de 1680 à l’entrée des troupes de Louis XIV. L’origine du château est très lointaine elle remonte au 10ème siècle. La première tout Victoire a été construite au 13ème siècle et sa partie supérieure a été réaménagée en briques à l’époque des La Marck au 15ème siècle. Pendant la période espagnole (1555-1680) on construisit une « maison du Roy » à l’intérieur de l’enceinte. Elle était destinée à loger le roi d’Espagne en cas de besoin. Vauban va presque tout raser sauf la tour Victoire et édifier une seconde « maison du Roy » pour loger le représentant du roi à Givet (c’est l’actuel café du Musée) la restitution en perspective (ci-dessus) est une tentative d’interprétation des volumes d’après le plan de 1680. C’est un minuscule extrait des 300 dessins inédits de mon prochain livre « Givet et sa région à travers les siècles ».
Alain Sartelet


Les archives révèlent parfois de singulières histoires, ainsi celle de la donation faite à l’église Saint-Hilaire de Givet d’une bague d’or, sertie d’une opale. Ce joyau d’un très grand prix fut offert en 1760 par l’épouse du gouverneur de Givet, Joseph-Maurice-Annibal de Montmorency-Luxembourg (1717-1762) colonel du régiment du Dauphin (drapeau ci-dessus) et lieutenant général des armées du roi. La bague fut jugée si belle qu’on la fixa sur l’ostensoir où était conservé le Saint-Sacrement, à la vue de tous sur l’autel de l’église. Cette pieuse dame, Marie-Jeanne-Thérèse de Lespinay de Marteville, en autorisa par la suite la vente au profit des pauvres de la paroisse. L’opale par ses feux multicolores était alors une pierre fort recherchée…deux opales devinrent célèbres : la grande opale de Louis XVIII et celle offerte par Napoléon à Joséphine qui par son extraordinaire couleur de feu mérita son surnom : «l’Incendie de Troie »
Alain Sartelet

Dans l’axe de la « forge Toussaint » se trouvait depuis Vauban le grand pont flottant constitué de bateaux amarrés ensembles, ancrés au fond du fleuve et recouvert d’un tablier de planches. C’était un pont mobile, on pouvait changer les bateaux détériorés et des bateaux de rechange étaient stockés dans le bassin de l’Arsenal un réservoir artificiel qui occupait l’emplacement exact de l’actuelle place Sourdille. Ce pont eut une existence très mouvementée car il était souvent emporté par les crues ou rompu par les glaces. Le pont de pierre ne sera construit que sur ordre de Napoléon Ier. Un dessin de la bibliothèque Nationale nous livre une image de ce pont de bateaux vers 1683, de la grosse redoute qui le protégeait (à gauche sur le dessin) et de la tour Victoire privée de sa toiture incendiée pendant le bombardement de 1675 (à droite). Au premier plan figure le clocher de Notre-Dame. Ironie de l’histoire, Givet a connu un autre pont de bateaux…pendant la première guerre mondiale (photo).
Alain Sartelet


Voici un cliché de la place Carnot pris vers 1903, la belle maison du fond, datée de 1683, fait partie du vaste programme de reconstruction de Givet qui suivit le catastrophique bombardement de 1675 (merci au roi soleil !) En 1903 elle avait conservé presque toute sa façade de brique et pierre bleue mais la maison a été remaniée vers 1920 (partie gauche) des magasins ont percé le rez-de-chaussée, les grands épis de faîtages et les hautes cheminées de brique ont disparu, cette belle demeure a perdu sa silhouette « 17ème »… le patrimoine urbain est fragile, veillons-y !
Alain Sartelet


Vous connaissez tous l’histoire de Charlemont tout au moins dans ses grandes lignes : la fondation par l’empereur Charles Quint en 1555 etc mais ce que l’on sait moins c’est que l’histoire du site commence un peu plus tôt, au temps des comtes d’Agimont de la maison de La Marck. L’un d’eux Louis III de La Marck décida d’ériger sur le sommet de la montagne un fortin renforcé de tours. Cette fortification fut commencée vers 1529 ( ?) mais aussitôt stoppée sur ordre de l’empereur qui entendait contrôler toutes les fortifications. Ce qui existait, dénommé « le vieil petit fort », servit d’appui au premier fort impérial de Charlemont, la tour des La Marck fut conservée un moment dans l’un des bastions (bastion de Lierre) avant de disparaître. Aujourd’hui la partie la plus ancienne du fort est la pointe Est avec ses deux petits bastions (photo).
Alain Sartelet

Voici un détail d’une boiserie de l’église Notre Dame de Givet, il représente Saint Dominique avec à son côté un petit chien tenant dans sa gueule une torche enflammée. Ce motif formait le blason et l’emblème de l’ordre des moines Dominicains et était issu d’un jeu de mots : en latin Dominicains se dit DOMINICANI ou en deux mots DOMINI-CANI (les chiens du Seigneur) en référence à leur rôle de protecteur, gardien et dispensateur de la foi (la lumière de la torche).
Alain Sartelet


Regardez cet étonnant cliché communiqué par Madame Evelyne Devouge-Audart qui dirige la Bibliothèque de Givet. Il montre le triste état dans lequel se trouvait le couvent des Récollectines en 1983 ! Les galeries du cloître avaient été détruites ne laissant que l’empreinte des voûtes sur les murs ainsi que quelques consoles qui recevaient autrefois les retombées de ces voûtes. Ces éléments ont guidé les délicates restaurations qui ont rendu leur splendeur au couvent fondé par Louis XIV. Mais savez-vous ce que veut dire Récollectines ou Récollets ? Non ? Ce mot vient du latin RECOLLECTORUM qui signifie « recueillis »
Alain Sartelet
