
Curieuse coïncidence à l’approche de Noël ! la vigilance de Monsieur Pierre Cartiaux qui veille sur l’église Saint-Hilaire de Givet a permis la redécouverte d’une superbe statuette d’époque Napoléon III dissimulée au fond d’une armoire de la sacristie où elle était abandonnée depuis des lustres. Cette charmante représentation de l’Enfant Jésus Miraculeux de Prague était autrefois révérée à Givet comme dans de nombreuses églises d’Europe. Ce culte est ici tombé en désuétude mais admirons quand même ce doux sourire, cette superbe petite couronne baroque ornée de pierreries et ces dentelles et ces vêtements de soie blanche et de velours rouge brodés au fil d’or par les paroissiennes de la ville. Une merveille de plus à signaler dans le beau patrimoine religieux de la région.
Alain Sartelet


Un message à tous ceux qui lisent cette chronique, je serai le samedi 12 décembre prochain de 10h à 12 h et de 15 h à 17 h au Centre des Métiers d’Art à Givet pour une séance de dédicace de mon dernier ouvrage et rencontrer ceux qui apprécient mon travail et mes dessins, car c’est bien grâce aux 350 dessins, magnifiquement mis en page (je pourrais presque dire « mis en scène ») par l’éditeur Terres Ardennaises, que les lecteurs pourront revivre pour la première fois leur passé, un passé extraordinairement riche et chatoyant rendu sensible à tous, petits et grands, par la magie de l’aquarelle…
Alain Sartelet


Les scientifiques l’appellent plutôt « Mosasaure » depuis l’extraordinaire découverte dans une grotte près de Maastricht en 1780 (1) d’un crâne fossile de ce terrible animal qui vécut il ya plus de 100 millions d’années. Ce qui fut peut être un des plus grands monstres marins, cousin des dinosaures, a été reconstitué par les scientifiques (2) et on peut se demander si la découverte de fossiles de ce type n’est pas à l’origine, dans nos légendes ardennaises, des dragons, « Mawhots » ou autres « Bouzouc » toujours fêté chaque année à Berlaimont dans le Nord (3).
Alain Sartelet

On rencontre ces volatiles, importés du Mexique, dans la région de Hierges et de Givet au 16ème siècle, à Mézières sur la table du roi Charles IX lors de ses noces, à Liège lors d’un mémorable et fastueux banquet du prince-évêque en 1557. Ce dindon surprend les convives par l’excellence de sa chair. Cette chair délicate a failli disparaître des tables ardennaises mais il n’en est rien et on assiste à une véritable renaissance de cette viande merveilleuse, une idée pour les fêtes ? Je ne résiste pas au plaisir de vous montrer cet exceptionnel tableau du peintre baroque Frans Snyders (1579-1657) conservé au musée d’Oslo (Norvège) la dinde rouge ou dindon des Ardennes y figure en bonne place à gauche dominant un sanglier…
Alain Sartelet


Magnifique exemple de maison-forte de la Renaissance, la ferme située sur les hauteurs d'Aubrives nous est parvenue dans un état de préservation qui frise le miracle. La corps de logis (1) est la partie la plus remarquable avec sa série intacte de 8 fenêtres à meneaux et à bossages (2 , bossages: pierres laissées brutes en fort relief) contemporaines du réaménagement du château de Hierges dans la seconde du 16ème Il est possible d’attribuer la construction à Augustin De La Haye, prévôt de Hierges (marié en 1593, décédé en 1655) La ferme fut achetée ensuite par Bertrand Wespin (1680-1758) riche marchand tanneur et bourgeois de Givet puis par Antoine Médand de Barquin premier maire de Vireux en 1790. Témoin d’une époque troublée, la ferme est incluse dans une enceinte fortifiée encore en partie préservée (3) mais les fossés ont disparu.
Alain Sartelet


Saisissant ce détail du visage de Madeleine ! (1) Sur la grande toile du peintre Antoine Rivoulon (1810-1864) ornant le maître autel de l’église Saint-Hilaire de Givet. La sainte, disciple de Jésus et premier témoin de la Résurrection, est montrée avec les yeux rougis, éperdue de tristesse aux côtés d’un Christ crucifié (2) aux pâleurs de cadavre. Cette œuvre très réaliste fut autrefois jugée gênante par certains aspects de l’anatomie du Christ longtemps cachés par un repeint aujourd’hui retiré. Cette œuvre singulière qui confine pourtant au chef d’œuvre a été remarquablement étudiée par Gilles Blieck (conservateur des Monuments historiques, DRAC Champagne-Ardenne), et Thierry Zimmer (conservateur en chef du Patrimoine, DRAC Île-de-France)
Alain Sartelet


Admirez ce superbe et précieux plan datant de la première moitié du 17ème siècle (archives de Monaco). On y observe toute la topographie ancienne de Revin, la vieille halle et son clocheton, la vieille église Notre-Dame perchée sur son rocher en bord de Meuse (vestiges dans le cimetière actuel) on voit aussi et c’est plutôt rare, une représentation schématique des remparts qui coupaient la boucle à son endroit le plus étroit et sans doute depuis l’antiquité romaine comme le laisse entendre l’ancien nom de « rempart des Sarrazins » déformation de « rempart Césarin » ou « de César » marque indubitable d’une construction ordonnée par un empereur romain. On voit aussi les « Fourches Patibulaires » c’est-à-dire la potence avec deux malheureux pendus sur la gauche de ce détail (2). Voici Revin en 1734 (3), le rempart est toujours là mais il a été modernisé par l’adjonction de deux « redans » (4), de petits bastions rudimentaires à deux faces et sans flancs.
Alain Sartelet


L’ordre des Récollets ont laissé à Givet deux importants couvents. Ces récollets (le mot signifie « recueillis ») sont des franciscains réformés qui observent strictement la règle de saint François d’Assise (1181-1226) : ascèse, pauvreté, chasteté et prière, ils sont issus d’un mouvement de piété né en Espagne au 15ème siècle et structuré solidement par Pierre d’Alcantara (1499-1562). Très révéré à Givet autrefois, on peut encore voir une chapelle qui lui est dédiée dans l’église Saint-Hilaire ainsi qu’un tableau de la fin du 17ème siècle (venant du couvent des Récollets) qui nous livre sa « vraie effigie », la date de sa canonisation : 28 avril 1669 ainsi qu’une référence à une autre grande figure de l’Eglise, sainte Thérèse d’Avila.
Alain Sartelet


Charmante et naïve statue de saint Georges qui trône au revers de la tour de l’église de Vireux-Wallerand. Vous ne remarquez rien ? Un détail amusant, le saint a perdu son dragon qu’il chasse éternellement à l’image d’un autre saint pourfendeur du Mal, saint Michel le grand archange généralissime des armées célestes. Nul ne sait où est passé le dragon de Vireux-Wallerand, les recherches continuent… Saint Georges (4, ici une statue complète) protégeait particulièrement les voyageurs, aussi autrefois par toute l’Europe on portait sur soi des médailles de cuivre, d’argent ou d’or à son effigie (3, ici une grande médaille d’or du 17ème siècle pesant 34 grammes, pour les riches voyageurs, bien sûr !).
Alain Sartelet


Le Mahwot passe pour être un animal légendaire (qui sait ?) dévoreur de chair humaine et qui hanterait les rives de Meuse. Son apparition, assez rare reconnaissons-le, est annonciatrice de mauvaises nouvelles, un peu comme les comètes d’autrefois. A quoi ressemble-t’il ? Le très talentueux dessinateur Cyril Barreaux en a donné une image pour le moins effrayante, regardez les deux personnages terrorisés, blottis, immobiles le long des membrures d’une barque. Seule source de lumière, un petit fanal jette une lumière incertaine sur un monstre antédiluvien sorti des brumes mosanes, quel talent, quel art de la mise en scène ! Riverains de la Vallée, méfiez-vous des brouillards qui montent de la Meuse, on ne sait jamais trop ce qui s’y cache !
Alain Sartelet