
Voici un autre reliquaire de Notre-Dame de Givet, plein de charme il fait la part belle aux courbes dansantes de feuillages fleuris, deux petits angelots perchés sur des volutes dorées soutiennent un cœur-reliquaire vitré surmonté des lettres A et M entrelacées (pour Ave Maria, « je vous salue Marie », les premiers mots prononcés par Gabriel, l’ange de l’Annonciation). La naïveté du travail de l’artisan n’enlève rien à la beauté de ce reliquaire, autrefois sincère objet de dévotion pour les givetois.
Alain Sartelet

On passe dans la rue Oger sans remarquer cette minuscule façade qui mérite pourtant qu’on s’y arrête un instant car en effet elle témoigne d’un art tombé en désuétude, la rocaille en ciment armé évoquant la nature. Cet usage s’est développé à partir de Napoléon III avec l'aménagement de parcs publics (un bel exemple avec le pont et le kiosque du jardin botanique de Sedan créé en 1873, ci-dessous). Ici ce sont les encadrements de fenêtre et de porte et la corniche qui évoquent des branches dont l’une (une pointe de fantaisie !) est représentée cassée…
Alain Sartelet

L’église Notre-Dame de Givet abrite un trésor, une magnifique série de reliquaires de bois doré datant du 18ème siècle. Le bois s’est plié à la fantaisie baroque du sculpteur, hélas anonyme. Ces petits chefs d’œuvres de virtuosité et d’élégance témoignent d’un solide métier. Admirons surtout ceux ornés d’ailes et de plumes (d’anges ?) qui semblent animées par un souffle perpétuel.
Alain Sartelet


Cette belle arcade murée, simple et majestueuse se trouve à la base du clocher, elle s’ouvrait autrefois sur la nef. C’est sans doute le vestige le plus ancien de tout Givet (avec les parties romanes de la tour Saint-Grégoire). A l’origine cette salle basse n’avait pas d’entrée donnant à l’extérieur mais abritait probablement un « contre-chœur », une chapelle et un autel dédié à saint Michel, l’archange guerrier qui protège des forces du Mal (symboliquement venant de l’Ouest, côté du soleil couchant et donc de la mort). Les deux étages inférieurs du clocher sont ainsi des vestiges de l’église reconstruite au 12ème siècle selon les critères de l’art roman en train de s’ouvrir aux influences gothiques (arc brisé au lieu du plein cintre). Les étages supérieurs de la tour ont été rebâtis en 1612 comme l’indiquent les grandes ancres de fer en façade. Certaines pierres de la grande arcade ont éclaté sous la chaleur et témoignent de la violence de l’incendie de 1675 qui détruisit quasiment tout Givet. (Clichés Audrey Malcorps).
Alain Sartelet


L’église Notre-Dame de Givet abrite une crèche peu ordinaire, elle est cachée pendant toute l’année derrière deux volets de bois, ouverts seulement pendant la période de Noël. Cette crèche ancienne est en plâtre peint et certaines parties sont dorées. Tout y est, Marie, Joseph, les anges, les bergers et même les trois rois-mages sur la droite mais la mangeoire est vide…cette église recèle bien d’autres merveilles, nous y reviendrons…
Alain Sartelet


Peu connu du grand public l’intérieur du château de Chooz abrite un trésor caché. C’est une merveille d’avoir conservé intacte une si belle galerie à arcades (1-2) qui rivalise avec celles de Foisches, du château de Montcornet (3, détruite) et du château de Feluy en Belgique (4). Les belles et fines colonnes sont typiques d’un âge où l’on utilise encore les formes gothiques héritées du 15ème siècle. Les parties hautes de la galerie semblent avoir été remaniées au 18ème siècle sans toutefois altérer la beauté de l’ensemble. Elégance, noblesse, lenteur des évolutions stylistiques, sobriété, polychromie, lucarnes multiples, toute la beauté du style « Renaissance mosane » est présente dans la galerie du château de Chooz, autrefois résidence de l’avoué (représentant) du Prince-Abbé de Stavelot, ce qui n’était pas rien ! (merci à Loïc Lefèvre pour les clichés 1 et 2)
Alain Sartelet


Curieuse coïncidence à l’approche de Noël ! la vigilance de Monsieur Pierre Cartiaux qui veille sur l’église Saint-Hilaire de Givet a permis la redécouverte d’une superbe statuette d’époque Napoléon III dissimulée au fond d’une armoire de la sacristie où elle était abandonnée depuis des lustres. Cette charmante représentation de l’Enfant Jésus Miraculeux de Prague était autrefois révérée à Givet comme dans de nombreuses églises d’Europe. Ce culte est ici tombé en désuétude mais admirons quand même ce doux sourire, cette superbe petite couronne baroque ornée de pierreries et ces dentelles et ces vêtements de soie blanche et de velours rouge brodés au fil d’or par les paroissiennes de la ville. Une merveille de plus à signaler dans le beau patrimoine religieux de la région.
Alain Sartelet


Un message à tous ceux qui lisent cette chronique, je serai le samedi 12 décembre prochain de 10h à 12 h et de 15 h à 17 h au Centre des Métiers d’Art à Givet pour une séance de dédicace de mon dernier ouvrage et rencontrer ceux qui apprécient mon travail et mes dessins, car c’est bien grâce aux 350 dessins, magnifiquement mis en page (je pourrais presque dire « mis en scène ») par l’éditeur Terres Ardennaises, que les lecteurs pourront revivre pour la première fois leur passé, un passé extraordinairement riche et chatoyant rendu sensible à tous, petits et grands, par la magie de l’aquarelle…
Alain Sartelet


Les scientifiques l’appellent plutôt « Mosasaure » depuis l’extraordinaire découverte dans une grotte près de Maastricht en 1780 (1) d’un crâne fossile de ce terrible animal qui vécut il ya plus de 100 millions d’années. Ce qui fut peut être un des plus grands monstres marins, cousin des dinosaures, a été reconstitué par les scientifiques (2) et on peut se demander si la découverte de fossiles de ce type n’est pas à l’origine, dans nos légendes ardennaises, des dragons, « Mawhots » ou autres « Bouzouc » toujours fêté chaque année à Berlaimont dans le Nord (3).
Alain Sartelet

On rencontre ces volatiles, importés du Mexique, dans la région de Hierges et de Givet au 16ème siècle, à Mézières sur la table du roi Charles IX lors de ses noces, à Liège lors d’un mémorable et fastueux banquet du prince-évêque en 1557. Ce dindon surprend les convives par l’excellence de sa chair. Cette chair délicate a failli disparaître des tables ardennaises mais il n’en est rien et on assiste à une véritable renaissance de cette viande merveilleuse, une idée pour les fêtes ? Je ne résiste pas au plaisir de vous montrer cet exceptionnel tableau du peintre baroque Frans Snyders (1579-1657) conservé au musée d’Oslo (Norvège) la dinde rouge ou dindon des Ardennes y figure en bonne place à gauche dominant un sanglier…
Alain Sartelet
