
Ce beau dessus de porte en pierre bleue situé sur la façade d’une maison ancienne de la rue Oger n’est pas daté mais son inspiration « rocaille » pour la partie centrale se marie avec les volutes un peu lourdes qui sont encore inspirées par le style classique de l’époque de Louis XIV. On peut ainsi en levant le nez et en flânant dans les rues de Givet réviser ses styles…Ici le médaillon central porte, gravées à la pointe assez discrètement, deux lettres entrelacées, un C et un W qui sont probablement les initiales du bâtisseur, aujourd’hui oublié !
Alain Sartelet
L’église de Vireux-Wallerand, trop méconnue, mérite le détour, nous en avons déjà parlé ici. La partie la plus intéressante est le beau chœur gothique voûté de bois. La clé de voûte du chœur nous révèle la date de construction de cette partie la plus ancienne, en effet elle porte des chiffres romains sculptés : M.V.C.L.I.I. (le C est tout petit au dessus du V qui a une forme de U et les 1 ont une forme de i avec un point au dessus) je sais, il faut s’y connaître un peu pour déchiffrer ça les chiffres romains sont tombés en désuétude mais c’est facile : le M pour 1000, le V et le C pour 5 fois 100, le L pour 50 et deux fois 1. Le tout additionné donne 1552. En 1552, Henri II, fils de François Ier, était roi de France et Charles Quint était empereur du Saint-Empire romain germanique…
Alain Sartelet


Du chêne, un habile savoir-faire, de bons outils et voici tout le charme d’une boiserie ancienne. Ici pas besoin de peinture ni de dorure pour embellir, le bois est simplement ciré, patiné par la cire des siècles. L’artisan s’est seulement autorisé quelques fleurettes dans les volutes des chapiteaux et une courbe généreuse dans le fronton…Toute la grâce un peu austère d’une époque transparaît ici dans ce modeste confessionnal de l’église Saint-Georges de Vireux-Wallerand. La beauté des bâtiments et des objets des siècles passés se cache partout autour de vous parfois même dans d’infimes détails, alors cherchez, regardez, admirez…
Alain Sartelet
Une gravure représentant le fort de Charlemont en 1667 nous livre un très curieux détail sur les bastions ouest, une sorte de mât avec une partie renflée sous un étendard flottant au vent (1). Une question vient à l’esprit : c’est quoi ? La réponse se trouve dans un tableau conservé au Rijksmuseum d’Amsterdam (2, détail) représentant la « joyeuse entrée » de François de France, frère du roi Henri III, intronisé duc de Brabant à Anvers en 1582. La ressemblance est parfaite, il s’agit d’un mât destiné à recevoir une oriflamme armoriée et un tonneau chargé de fusées de feu d’artifice tiré en l’honneur d’un fils de France. Nous sommes là en présence d’un souvenir immortalisé par la gravure et lié sans doute à une fête donnée à Charlemont au temps du roi d’Espagne Charles II (1661-1700) Charles II c’est le roi qui allait céder Givet à la France, donner le trône d’Espagne au petit-fils de Louis XIV et laisser son nom à la ville de Charleroi. Que de choses derrière un petit détail…
Alain Sartelet


Voici un autre reliquaire de Notre-Dame de Givet, plein de charme il fait la part belle aux courbes dansantes de feuillages fleuris, deux petits angelots perchés sur des volutes dorées soutiennent un cœur-reliquaire vitré surmonté des lettres A et M entrelacées (pour Ave Maria, « je vous salue Marie », les premiers mots prononcés par Gabriel, l’ange de l’Annonciation). La naïveté du travail de l’artisan n’enlève rien à la beauté de ce reliquaire, autrefois sincère objet de dévotion pour les givetois.
Alain Sartelet

On passe dans la rue Oger sans remarquer cette minuscule façade qui mérite pourtant qu’on s’y arrête un instant car en effet elle témoigne d’un art tombé en désuétude, la rocaille en ciment armé évoquant la nature. Cet usage s’est développé à partir de Napoléon III avec l'aménagement de parcs publics (un bel exemple avec le pont et le kiosque du jardin botanique de Sedan créé en 1873, ci-dessous). Ici ce sont les encadrements de fenêtre et de porte et la corniche qui évoquent des branches dont l’une (une pointe de fantaisie !) est représentée cassée…
Alain Sartelet

L’église Notre-Dame de Givet abrite un trésor, une magnifique série de reliquaires de bois doré datant du 18ème siècle. Le bois s’est plié à la fantaisie baroque du sculpteur, hélas anonyme. Ces petits chefs d’œuvres de virtuosité et d’élégance témoignent d’un solide métier. Admirons surtout ceux ornés d’ailes et de plumes (d’anges ?) qui semblent animées par un souffle perpétuel.
Alain Sartelet


Cette belle arcade murée, simple et majestueuse se trouve à la base du clocher, elle s’ouvrait autrefois sur la nef. C’est sans doute le vestige le plus ancien de tout Givet (avec les parties romanes de la tour Saint-Grégoire). A l’origine cette salle basse n’avait pas d’entrée donnant à l’extérieur mais abritait probablement un « contre-chœur », une chapelle et un autel dédié à saint Michel, l’archange guerrier qui protège des forces du Mal (symboliquement venant de l’Ouest, côté du soleil couchant et donc de la mort). Les deux étages inférieurs du clocher sont ainsi des vestiges de l’église reconstruite au 12ème siècle selon les critères de l’art roman en train de s’ouvrir aux influences gothiques (arc brisé au lieu du plein cintre). Les étages supérieurs de la tour ont été rebâtis en 1612 comme l’indiquent les grandes ancres de fer en façade. Certaines pierres de la grande arcade ont éclaté sous la chaleur et témoignent de la violence de l’incendie de 1675 qui détruisit quasiment tout Givet. (Clichés Audrey Malcorps).
Alain Sartelet


L’église Notre-Dame de Givet abrite une crèche peu ordinaire, elle est cachée pendant toute l’année derrière deux volets de bois, ouverts seulement pendant la période de Noël. Cette crèche ancienne est en plâtre peint et certaines parties sont dorées. Tout y est, Marie, Joseph, les anges, les bergers et même les trois rois-mages sur la droite mais la mangeoire est vide…cette église recèle bien d’autres merveilles, nous y reviendrons…
Alain Sartelet


Peu connu du grand public l’intérieur du château de Chooz abrite un trésor caché. C’est une merveille d’avoir conservé intacte une si belle galerie à arcades (1-2) qui rivalise avec celles de Foisches, du château de Montcornet (3, détruite) et du château de Feluy en Belgique (4). Les belles et fines colonnes sont typiques d’un âge où l’on utilise encore les formes gothiques héritées du 15ème siècle. Les parties hautes de la galerie semblent avoir été remaniées au 18ème siècle sans toutefois altérer la beauté de l’ensemble. Elégance, noblesse, lenteur des évolutions stylistiques, sobriété, polychromie, lucarnes multiples, toute la beauté du style « Renaissance mosane » est présente dans la galerie du château de Chooz, autrefois résidence de l’avoué (représentant) du Prince-Abbé de Stavelot, ce qui n’était pas rien ! (merci à Loïc Lefèvre pour les clichés 1 et 2)
Alain Sartelet
