
Cette maison de Vireux-Molhain (1) est hélas quasiment à l’abandon. C’est pourtant un très bel exemple de l’architecture mosane du début du 18ème siècle. Mais ce qui fait tout son intérêt, je dirais même tout son exceptionnel intérêt, ce sont trois têtes sculptées qui ont été insérées dans la façade longeant la ruelle Bacchus. Ces sculptures de pierre bleue (l’une est presque illisible) sont des remplois et viennent sans doute d’un édifice assez prestigieux, église ou résidence patricienne disparue. Ce sont sans doute à l’origine des clés d’arcades, l’une d’elle a des cheveux frisés qui ressemblent à des grappes de raisin (2), c’est sans doute cette similitude qui a fait donner le nom de Bacchus (3, le dieu romain de la vigne) à cette tête et par extension son nom à la ruelle. Ces têtes au premier abord rappellent l’époque Romane mais en fait elles ne remontent sans doute pas au-delà du 16ème siècle. Il faudrait réhabiliter d’urgence ce témoin de l’histoire de la vallée mosane.
Alain Sartelet


Cette photo nous montre le devant d’autel de la chapelle Saint-Roch de Fumay, on y reconnait, dans un très bel entourage de feuillages sculptés (chêne et olivier), doré et couronné (3), une peinture du 18ème siècle représentant l’agneau pascal allongé sur une croix (2), symbole du sacrifice du Christ. La qualité de ce devant d’autel peut surprendre dans une modeste chapelle mais cette boiserie provient peut-être de l’ancienne église Saint-Georges…L’agneau est un symbole chrétien mais aussi, peut-être, une allusion à la domination de l’abbaye princière de Prüm en Rhénanie-Palatinat qui possédait autrefois les terres de Revin, Fumay et Fépin et montre un agneau dans ses armoiries (4,5).
Alain Sartelet


A lire ce beau texte de l’écrivain belge Edmond Picard (1836-1927) :
« Si, quittant la vallée de la Meuse, aux sites si enchanteurs qu’on ne peut les voir, ne fut-ce qu’une heure, sans souhaiter y passer sa vie, nous remontons sur l’autre versant par une de ces routes sèches et pierreuses qui courent à travers les champs, nous sommes bientôt frappés de l’étendue que prend l’horizon. Il s’étage en lignes indéfinies de collines rangées en amphithéâtre et que le matin a estompées de vapeurs légères. L’ensemble du paysage a l’apparence sévère et désolée d’une région déserte et pauvre, mais il est grand dans sa tristesse muette et tragique. Ce sont les Ardennes, que jamais cœur viril n’a contemplées pour la première fois sans se sentir ému. Dès que je les ai eu connues, je les ai aimées, et, depuis mon adolescence, j’y vais chaque automne. Les flots, les plaines, les bruyères, les rochers, les collines, que le sol natal a présentés à mes regards, ont certes leur attrait, mais ce sont les Ardennes que j’ai toujours préférées : ce sont elles, en effet, qui ont éveillé le plus profondément en moi ces sensations rêveuses et ces émotions qui sont la haute vie de notre humanité. Et c’est à l’automne, quand les forêts sont vêtues de draperies pourpres aux reflets brun clair, que cette impression poignante prend dans mon âme son intensité tout entière. L’automne est la saison des Ardennes ; comme l’été est celle du bord de la mer, comme le printemps est celui de la Campine, du Brabant et des Flandres… »
Heureux ceux qui se reconnaîtront dans ces lignes…
Alain Sartelet

Elles sont devenues rarissimes ces modestes bagues en cuivre et verroterie dites « de saint Hubert » elles étaient autrefois très réputées pour protéger de la rage (des crocs sont enchâssés dans le chaton) Ce procédé rappelle les bijoux « de chasse » encore en vogue dans les pays germaniques (2). Sur ce tableau du 18ème siècle (3) un colporteur explique la légende de saint Hubert, une comparse vend aux badauds des colifichets, images, médailles, scapulaires et bagues censés protéger ou guérir de la rage. Cette réputation de saint guérisseur avait fait toute la fortune de la célèbre abbaye belge placée sous l’invocation du saint patron des Ardennes et des chasseurs (4).
Alain Sartelet


Il est beau comme un héros antique (1) avec son visage de bronze digne d’une statue romaine. Ce jeune homme c’est Etienne-Nicolas Méhul (1763-1817) portraituré par un artiste inconnu de l’époque du Premier Empire, époque qui remettait à l’honneur le goût de l’Antiquité dans les arts, le costume, l’architecture, la peinture, la sculpture, regardez ce camée montrant Napoléon couronné de lauriers comme un César (2), un mouvement lancé quelques décennies plus tôt par la redécouverte de Pompéi. Ici, ce n’est que du plâtre peint mais avouez que le sculpteur connaissait son métier…
Alain Sartelet

« …Ardoise. Cette roche calcaire est très dure et donne un cachet particulier à l’habitat de toute la région. Les demeures l’utilisent souvent avec des motifs de brique qui donnent aux façades un aspect de marqueterie des plus élégants » Ce sont les propos d’Axel Kahn le sympathique généticien tenus lorsqu’il parcourut en 2013 toute « la Pointe » à pied lors de son périple vers Saint-Jacques de Compostelle. C’est vrai que cette polychromie mosane est attachante, par n’importe quel temps, convenez-en ! Ici le pavillon du parc du château de Vireux sous la pluie…du gris, du vert, du bleu-violacé et du rouge, le charme opère dans toute la Vallée…
Alain Sartelet

On ne le signale pas assez mais Hierges, comme Givet (maison du pèlerin à Givet-Notre-Dame) est une étape sur le chemin menant à Saint-Jacques de Compostelle en venant d’Aix-La-Chapelle, Maastricht ou Namur. Les pèlerins sont souvent généreusement accueillis par les habitants. Ces voyageurs portent sur leur sac à dos la fameuse coquille que l’on arborait lorsqu’on atteignait enfin la mer, la fin de la terre, la « finis terrae », (l’équivalent espagnol de notre Finistère breton) On voit parfois une coquille sur une porte de Hierges (ci-dessous, rue Roger Renard) c’est le symbole des confins du monde où était venu prêcher l’apôtre Jacques et la preuve que l’on avait accompli le périlleux périple. Connaissez-vous l’origine du nom « Compostelle » ? La voici : l’emplacement, oublié, du tombeau de saint Jacques aurait été signalé par des myriades de lumières surnaturelles scintillant dans la nuit d’où le nom Compostelle dérivé du latin CAMPUS STELLAE (le champ d’étoiles) une histoire belle comme une nuit étoilée non ?
Alain Sartelet


On n’est pas au bout de ses surprises lorsque l’on visite l’église Saint-Jean Baptiste de Hierges. Parmi les superbes statues du 16ème siècle en bois polychrome on remarque quelques statues de plâtre. D’habitude on n’y fait pas très attention, le côté « Saint-Sulpice », quasiment industriel, rebute ou indiffère. Il y pourtant quelques belles choses, ainsi le saint patron de Hierges au beau visage grave, au regard intense et plein de mélancolie (1). Il y a aussi ce petit Enfant-Jésus (2) lointain écho de la statue de l’Enfant-Jésus miraculeux de Prague (3), minuscule statuette de cire du 17ème siècle conservée dans un fabuleux autel baroque constellé d’or et d’argent (4) à Sainte-Marie-de-la-Victoire à Prague. La dévotion au Christ-enfant s’est répandue dans le monde entier, jusqu’à Hierges !
Alain Sartelet


Une très chère amie, autrefois libraire boulevard Saint-Germain à Paris, sachant mon goût pour la belle écriture m’a offert un joli échantillonnage de boîtes de plumes anciennes dont celles de l’usine tenue par Gilbert et associés à Hastière (vous avez reconnu le nom des célèbres crayons fabriqués à Givet). Les amateurs admireront ces superbes étiquettes dont la plus ancienne, blanche et or (1) rapporte les hauts-faits et trophées remportés depuis 1836 dans les concours et expositions internationales, on reconnaît sur les médailles les visages de Napoléon III, de la reine Victoria et du prince Albert et enfin celui du roi de Hollande Guillaume III…sans oublier le sceau de la République Française de 1849.
Alain Sartelet


L’église de Hierges sera exceptionnellement ouverte aux visiteurs pour les journées du patrimoine les 19 et 20 septembre prochains. De 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h pendant ces deux jours vous pourrez découvrir ses nombreux trésors grâce à des visites commentées : un exceptionnel vitrail, le plus ancien des Ardennes, où l’Enfant-Jésus depuis 1616 rayonne comme un soleil éclatant dans un ciel d’azur (1) son remarquable calice d’argent doré, ciselé à Anvers vers 1590 (2), de remarquables tableaux anciens tous restaurés dont une toile, magnifique, célébrant l’adoration des Mages peinte par Jean de la Bouverie un maître de la peinture namuroise du 17ème siècle (3), un rendez-vous à ne pas manquer !
Alain Sartelet
