
Au début du 17ème siècle à Givet, on pouvait interdire la Meuse au trafic, le commandement militaire espagnol fit tendre une grosse chaîne de fer en travers du fleuve. Un plan de 1613 nous en a conservé le souvenir. Cette chaîne posée sur des flotteurs au ras de l’eau était tendue entre la pointe du fort de Rome, rive gauche et la voie verte, rive droite (ci-dessus son emplacement en vue aérienne aujourd’hui) Les maillons furent forgés sur place dans une forge de Givet. Bien sûr cette chaîne qui gelait la navigation a disparu mais nous en connaissons d’autres faites sur le même principe, ainsi celle de 1778 barrant le fleuve Hudson (USA, guerre d’indépendance) et dont les maillons (ci-dessous) sont longs de 60cm et pèsent 60 kilos !
Alain Sartelet


C’était la volonté du roi Louis XIV, détruire Givet alors aux mains des espagnols. Ce fut un triste épisode de la guerre dite de Hollande. Le maréchal de Créquy (ci-dessus) à la tête de plusieurs régiments dont celui de la Couronne (drapeau ci-dessus) vint incendier les deux Givet, seul Charlemont fut épargné (l’élément militaire le plus précieux) Cette opération de destruction totale d’une ville s’appelait alors une « exécution militaire » le bilan sur le plan des bâtiments était très lourd, maisons et églises étaient en ruines mais nous ignorons tout des pertes humaines. La ville devint française à la signature du traité de Nimègue et fut entièrement reconstruite en quelques années …sous l’impulsion du même Louis XIV !
Alain Sartelet


Au début de la Révolution, la première fête de la Fédération de Givet fut célébrée (avant celle de Paris) le 3 juin 1790. La cérémonie se déroula dans l’île Lion (une île aujourd’hui rattachée à la rive que l’on voit bien sur le plan ci-dessous où elle longe encore les jardins du premier couvent des Récollets en face de la chapelle Saint-Roch. Un aménagement spectaculaire de l’île fut pratiqué avec une zone centrale circulaire entourée de fossés plantés d’arbres. Trois rampes permettaient d’atteindre la terrasse ronde centrale large de 9 mètres où avait été construit un autel surmonté d’un grand obélique de près de 15 mètres de haut orné à son sommet d’un drapeau tricolore. Les cérémonies suivies de toute la population furent entremélés de discours et de salves d’artillerie marquant la fédération des régiments en poste à Givet (Dauphin, Chartres-Infanterie et garde nationale de Charlemont) dans une ambiance de joie indescriptible selon un témoin oculaire.
Alain Sartelet


Regardez bien ce dessin du fort de Charlemont dessiné vers 1680 à l’arrivée des troupes françaises de Louis XIV, vous ne remarquez rien ? Le paysage qui entoure le fort est désert, quasiment aucun arbre, que du gazon ! La place est dégagée et forme sur l’horizon un superbe étagement de bastions et de demi-lunes. Il en était ainsi de toutes les forteresses autrefois, une large zone vide (les glacis) entourait les fortifications, il était interdit d’y planter des arbres et évidemment interdit d’y bâtir quoi que ce soit (zone dite « non aedificandi ») rien en effet ne devait gêner le regard des observateurs postés dans les échauguettes qui hérissaient encore le fort à cette époque, elles ont presque toutes disparues aujourd’hui. Rien ne devait gêner les tirs des canons des remparts. Il est plus difficile aujourd’hui de concilier architecture et nature sur un site fortifié, la conception du paysage change au fil du temps !
Alain Sartelet


Vous passez souvent devant le clocher de Notre-Dame qui donne une si belle silhouette au Petit-Givet mais vous ne vous doutez pas que c’est sans doute le vestige le plus ancien de toute la ville. Les deux premiers étages du clocher remontent en effet sans doute au 12ème siècle et sont les restes d’une église romane primitive maintes fois remaniée et autrefois fortifiée comme le montre le cadastre de 1823 où l’on voit encore une des tours rondes du rempart qui enfermait église et cimetière. Les parties hautes du clocher sont de 1612 comment l’indiquent de grands tirants de fer qui raidissent les charpentes et les murs. La petite porte du rez-de-chaussée n’a été percée qu’en 1732 ainsi que l’indique la date gravée (ci-dessus).
Alain Sartelet


Il fut à la musique ce que Chateaubriand fut à la littérature, un maître ! Vous l’avez sans doute déjà reconnu, c’est bien sûr Etienne Nicolas Méhul qui naquît à Givet en 1763 (ci-dessus son portrait en 1795 au château de Versailles). Son œuvre est hélas un peu trop oubliée aujourd’hui à part le fameux « Chant du départ » écrit en 1794, un hymne sublime à la Liberté, un chant de ceux qui traversent les siècles, immuables…et toujours d’actualité (Tyrans descendez au cercueil !!!!). Méhul fut aussi l’auteur d’opéras absolument magnifiques comme son « Joseph » datant de 1807, mêlant prose et chant, c’est à écouter ou réécouter d’urgence, on trouve encore des enregistrements dans le commerce et de nombreux extraits sur le Net…
Alain Sartelet

Le merveilleux dessin de Charlemont en 1580 (ci-dessus) nous montre sur la pointe Est de la forteresse, perchée sur le bord du rempart, une potence de charpente supportant une cloche qui était destinée à sonner l’alarme en cas de danger. Ce genre de dispositif se rencontrait fréquemment autrefois, ainsi à Sedan à la fin du moyen-âge où une serie de cloches avait été établie sur chacune des tours des fortifications de la ville pour donner l’alarme de loin en loin. L’usage de ces cloches s’est poursuivi fort tard, jusqu’à la guerre de 14-18 avec les cloches chargées de prévenir de l’arrivée des gaz asphyxiants (ci-dessous).
Alain Sartelet


Louis-Philippe, vous avez reconnu son prénom c’est celui du dernier roi des Français déposé par la Révolution de 1848 (Louis-Philippe Ier 1773-1850). Lorsqu’il était jeune, ce prince, alors duc de Chartres et cousin du roi Louis XVI vint à Givet prendre la tête du régiment dont il était colonel-propriétaire (à 14 ans !), le régiment Royal-Chartres-Infanterie (étendard ci-dessus à droite). Le prince, passionné par la chose militaire, resta trois jours à Givet, visita les fortifications dans les moindres détails. La ville l’accueillit sous les salves d’artillerie et donna de brillantes réceptions dont les chroniqueurs se firent l’écho. Il assista à plusieurs manœuvres, en repartant il rencontra 10 jeunes recrues qui furent chacune gratifiées d’un louis d’or (ci-dessous, un louis d’or de 1787).
Alain Sartelet


Si l’on en croit ce détail d’un dessin du fort de Charlemont en 1580, le fort ou demi-lune de Rome qui existe encore de nos jours (le triangle sur la vue aérienne ci-dessus, quai de Rome) était alors protégé par un enchevêtrement de pieux plantés en plein fleuve pour en interdire l’approche. Ce dispositif voulu par les armées espagnoles n’est pas sans rappeler la célèbre et colossale digue construite sur ordre de Richelieu lors du siège de La Rochelle en 1627-1628 (ci-dessous). A Givet, seul en étroit passage permettait aux navires de passer, la Meuse était fortement contrôlée alors en raison de son importance stratégique pour le transport des troupes, des vivres et de l’artillerie.
Alain Sartelet


Blottie contre le chevet de l’église Saint-Hilaire, cette superbe résidence est la plus belle de Givet. Construite après l’incendie de 1675 qui détruisit toute la ville, elle est restée intacte. Parfait exemple d’hôtel entre cour et jardin (ici limité à une étroite bande longeant le quai ou fleurit une glycine multiséculaire) Son histoire reste à écrire mais elle fut habitée par des membres d’une riche famille de notables au service du roi et du comté d’Agimont, les marquis d’Escajeul de Liancourt. Ici règne tout le charme des constructions « à la française », hautes toitures, très hautes cheminées sans parler du remarquable décor intérieur où l’on voit des marbres rouges d’une qualité exceptionnelle digne des plus beaux porphyres de l’Antiquité Romaine. Tout ici évoque le « Grand Siècle » de Louis XIV y compris les fleurs de lys de fer servant de tirants dans les façades (ci-dessous) Le superbe balcon est une rareté ici, il montre à quel point on appréciait autrefois le spectacle du fleuve et de l’intense activité qui y régnait, coches d’eau, nef de ville, radeaux de bois flotté, toute une vie disparue…
Alain Sartelet